Nos voiles-flèches

Même immobile, l'esprit du cône... vole.

Avant chaque session, les pratiquants confectionnent leurs propres flèches (voiles). L'esprit, l'élégance et la sérénité dans lesquels sont accomplis les gestes qui donnent forme à nos voiles font partie des fondements de la voie du Sarbacana.

Exact Mudrâ[5], jusqu'au bout des doigts, qui, glissant une plate feuille dans son geste spiral, lui fait quitter le plan plat, pour l'enrouler dans la densité de la troisième dimension.

L'attention du Sarbacanaka participe des plus fines nuances de cette transmutation.

Ces flèches tout comme les sarbacanes dans lesquelles elles se glissent, sont tout à la fois féminines et masculines au même instant. En effet, nos flèches sont creuses et lorsque notre jet de souffle se glisse dans le ventre de la flèche, au même instant, à l'extérieur, cet acte de réceptivité féminine se manifeste par une dynamique de pénétration masculine. Alors que le cône accueille notre énergie dans la féminité de son creux, il la dynamise masculine en pointe jaillissante.

Féminin-Masculin, liés en un seul souffle. L'énergie yang de pénétration de la flèche est engendrée par un acte de réceptivité yin. Ici d'évidence le secret du yang est au coeur du yin.

Ces qualités parfaitement combinées du yin et du yang, absolument au même instant dans un tai chi instantané, font de ces flèches un parfait symbole pour illustrer la dimension transparadoxale de la Voie du Sarbacana.

Grace à leur creux, elles peuvent s'emboîter, s'accueillir les unes dans les autres.

Flèche entonnoir qui guide le souffle > vers le centre de la cible > Cornet de papier qui enveloppe notre souffle intime, pour le porter jusque dans l'intimité de la cible...

Tout comme la parole porte là-bas, voilà que notre souffle porte là-bas. Notre respiration cessant d'être perçue comme un phénomène seulement intérieur au corps.

Nous glissons notre respiration dans celle du vent...

Soufflons dans ses creux... Nous expirons quand le vent inspire.

La Voie du Sarbacana délie le diaphragme, et un diaphragme délié éclate volontiers de rire. Mais comme le rire pareillement lui aussi nous délie le diaphragme, il se révèle être un entraînement idéal pour cette école du souffle. Et ceci d'autant plus que la présence du rire me semble formidablement décapante pour préserver le sérieux de nos méditations.